Santé

La peste et la grande conjonction : astrologie et épidémies

Lorsque la peste noire frappa en 1348, la faculté de médecine de Paris accusa une grande conjonction de Saturne, Jupiter et Mars. Voici comment l'astrologie médiévale expliquait les épidémies, en tant qu'histoire.

·28 juin 2026·7 min de lecture·Mis à jour 6 juillet 2026

Réponse rapide : Lorsque la peste noire atteignit l'Europe en 1348, la faculté de médecine de Paris accusa une grande conjonction de Saturne, Jupiter et Mars survenue en 1345, dont elle soutenait qu'elle avait corrompu l'air. C'est un exemple frappant de la manière dont l'astrologie mondiale médiévale expliquait les épidémies. Ceci relève de l'histoire, et non d'un conseil médical ou prédictif.

Face à la catastrophe la plus meurtrière de l'époque, les médecins les plus savants d'Europe se tournèrent vers les astres. Leur réponse était fausse, mais elle n'était pas négligente : c'était la science de pointe des causes, appliquée avec rigueur à un désastre que nul ne pouvait arrêter. Cet épisode est l'une des fenêtres les plus claires que nous ayons sur l'astrologie médiévale à l'œuvre.

Le médecin de la peste de Rome, portant un masque à bec et un long manteau, tenant une baguette pour désigner, gravure de 1656.
Le Docteur Schnabel (Docteur Bec) de Rome, costume de médecin de la peste, gravure de Paulus Furst, 1656. Domaine public.

Le verdict des maîtres de Paris

En octobre 1348, sur l'ordre du roi Philippe VI de France, la faculté de médecine de l'université de Paris publia un rapport sur les causes de la peste. Sa première cause était céleste. Le 20 mars 1345, écrivaient-ils, une conjonction de Saturne, Jupiter et Mars s'était réunie dans le signe du Verseau, et ce rare rassemblement des trois planètes supérieures avait tiré des vapeurs corrompues de la terre et de la mer, empoisonnant l'air même que les gens respiraient. Le monde savant accepta ce raisonnement ; la conjonction devint la première cause admise de la peste noire dans toute l'Europe.

Les grandes conjonctions et le destin des nations

Le cadre était celui de l'astrologie conjonctionniste, la lecture de l'histoire à travers les rencontres de Jupiter et Saturne. Les deux planètes visibles les plus lentes se rejoignent environ tous les vingt ans, et leur cycle servait à dater l'ascension et la chute des dynasties, des religions et des désastres. L'astrologue du neuvième siècle Abu Ma'shar avait érigé cette doctrine en une théorie complète des époques, l'ancêtre des grandes conjonctions de Jupiter et Saturne encore étudiées aujourd'hui. Lorsque Mars, le maléfique mineur de la chaleur et de la pestilence, se joignait au couple, le présage devenait grave. C'est là l'astrologie mondiale, la branche qui lit le ciel pour des peuples entiers plutôt que pour des personnes.

L'air corrompu et les humeurs

L'astrologie ne remplaçait pas la médecine ; elle la nourrissait. La théorie régnante de la maladie était le miasme, l'idée que les épidémies se propagent par l'air corrompu. On pensait qu'une conjonction maligne gâtait l'air à une vaste échelle, et que respirer cet air vicié déséquilibrait les humeurs du corps, l'ouvrant à la fièvre et à la mort. Voilà pourquoi la prévention se concentrait sur l'air : fuir les lieux malsains, brûler des bois aromatiques, porter sur soi des herbes odorantes. La chaîne allait des cieux à l'air, de l'air aux humeurs, et des humeurs au corps malade, chaque maillon emprunté à la même physique commune des qualités.

Le médecin de la peste

Le célèbre costume à bec, gravé ici sous les traits du Docteur Schnabel de Rome en 1656, est la théorie du miasme rendue visible. Le long bec recourbé était bourré d'herbes et d'épices aromatiques afin que le médecin ne respire qu'un air adouci, tandis que le manteau ciré et le bâton tenaient la corruption à distance. C'est une image postérieure à 1348, mais elle habille la même idée que les maîtres de Paris avaient consignée : que le danger était dans l'air, et que l'air avait été souillé d'en haut.

Ce que cet épisode enseigne

Lu honnêtement, le rapport de 1348 n'est pas une source de gêne mais une leçon sur la façon dont une vision cohérente du monde explique un choc. L'astrologie était la science des causes célestes de l'époque, et les médecins l'employèrent avec toute la prudence que leurs preuves permettaient. Ils se trompèrent sur la cause de la peste, que nous savons désormais être une bactérie transportée par les puces, mais leur méthode, chercher la cause la plus haute et la faire redescendre jusqu'au corps, était le raisonnement de leur science. Cela marque aussi une limite : c'était une explication après coup, et non une prévision qui ait sauvé quiconque.

De l'histoire, pas une prévision

Rien de tout cela n'appartient au présent. Les conjonctions planétaires ne corrompent pas l'air, ne causent pas de maladie et ne prédisent pas d'épidémies, et cet article ne formule aucune prétention de ce genre. C'est un fragment de l'histoire de l'astrologie et de la médecine, offert pour la compréhension et non pour l'orientation. Pour tout ce qui touche à la santé ou à la maladie, fiez-vous aux autorités médicales et scientifiques qualifiées ; l'astrologie et l'épidémiologie sont des domaines entièrement distincts.

Questions fréquentes

Pourquoi a-t-on attribué la peste noire à une conjonction ?

La faculté de médecine de Paris, dans son rapport de 1348, soutenait qu'une conjonction de Saturne, Jupiter et Mars en 1345 avait corrompu l'air, ce qui déséquilibra ensuite les humeurs et propagea la peste. L'astrologie conjonctionniste tenait les rencontres des planètes lentes pour des causes de grands événements, si bien qu'un rare rassemblement triple était une première cause toute naturelle à invoquer.

Qu'est-ce qu'une grande conjonction ?

Une grande conjonction est la rencontre de Jupiter et Saturne, qui se reproduit environ tous les vingt ans. Les astrologues médiévaux et de la Renaissance utilisaient ce cycle pour lire l'ascension et la chute des dynasties et des ères, et lorsque Mars se joignait aux deux, le présage était jugé particulièrement sévère.

L'astrologie explique-t-elle les épidémies aujourd'hui ?

Non. Les causes des maladies sont étudiées par la médecine et la science, non par l'astrologie, et les positions planétaires ne causent ni ne prédisent les épidémies. Cet article est historique, et pour toute question de santé vous devez vous fier aux autorités médicales qualifiées.

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Raşit Akgül

À propos de l'auteur

Raşit Akgül

Raşit Akgül est développeur de logiciels et chercheur en astrologie, et le fondateur d'AstroAk.

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